Comment écrire un best-seller ? 8 tips pour atterrir en haut de la pile

écrire

écrire

En 2 mots… Vous avez toujours voulu vous lancer, mais vous ne savez pas par où commencer pour vous assurer le succès ? Guide pas à pas !

1/ Trouver le titre qui va se vendre.

Parce-que le best-seller se doit d’être proche de ses lecteurs, on n’écrit pas de la même façon outre-Atlantique et dans l’Hexagone. Les Américains préféreront un seul mot, si possible un mot qui n’a absolument rien à voir avec le thème abordé dans le roman. Il est important de trouver votre titre avant de commencer la rédaction. Des exemples : Résurrection, Pachyderme, Réminiscence, Héritage, Ornithorynque

Les Français, eux, privilégieront un titre à rallonge, qui semble avoir été trouvé après avoir mélangé codéine et THC. Exemples : L’odeur de la pluie sur les carreaux de la maison de ma campagne ardéchoise, L’hymne aux bicéphales, L’éboulement d’un débauché, La concupiscence de l’éternel absent

écrire

2/ Une histoire qui vous happe

Si vous comptez vous faire publier dans une grande maison d’édition américaine, il y a deux recettes qui fonctionnent : le mommy porn (avec toujours un homme riche et torturé et une jeune vierge effarouchée) ou la bit-lit (avec toujours un vampire riche et torturé et une jeune vierge effarouchée). On ne change pas une équipe qui gagne.

« Il ferma les yeux un instant. Des milliers de souvenirs déferlaient en lui. Réminiscence. Ce parfum, il le connaissait. C’était le parfum de l’innocence. Celui de ces moments passés avec son cochon d’Inde, les yeux dans les yeux. Johnny, son confident, son ami. Comme il lui manquait, alors ! »

Les maisons d’édition françaises, en revanche, vont privilégier les fictions qui évoquent des thèmes profonds mais habituellement délaissés par la littérature : le long chemin d’un crapaud de la route au ruisseau, l’envolée d’un scarabée, les souvenirs du grand-père du parrain du cousin germain de votre beau-frère lorsqu’il a pêché une carpe dans la rivière en bas de chez lui, etc.

3/ Ces petits mots… pour atteindre le million

Bim. Un million d’exemplaires. Et tout ça grâce à quelques mots… dont vous auriez tort de vous priver ! Si vous publiez aux US, forcez vos lecteurs (enfin, lectrices) à s’emparer d’un dictionnaire. Utilisez des mots que plus personne ne comprend. Derechef, nonobstant, chibre… Bref, gardez le mystère.

En France, faîtes jouer vos sens. Parlez des odeurs, des couleurs. Utilisez des mots compliqués (sans ajouter de petite note de l’éditeur). Parlez psychanalyse, complexe d’œdipe, désirs inexpliqués et inexplicables de bains de minuit… L’idée : innover pour mieux régner.

écrire

4/ Ce défaut si charmant

Souvenez-vous de ce que disait la tante Berthe. Personne n’est parfait ! Aux US, il faut trouver à votre protagoniste « le petit défaut » qui fera frétiller vos lectrices. Si c’est un homme que vous décrivez, parlez de la petite bosse qu’il a sur le nez, de ses yeux légèrement rapprochés ou encore de la petite coupure qu’il s’est faîte au menton en se rasant ce matin. Bref, des défauts qui n’en sont pas vraiment, mais qui rendront votre héros plus crédible aux yeux de vos lecteurs.

« Je pose mon doigt sur les contours de sa mâchoire carrée. Il s’est coupé en se rasant… Il me regarde et il frémit. »

En France, vous pouvez tout vous permettre : votre protagoniste peut être violent, harcelant, avoir un nez en forme de poignée de porte, la tête d’Elephant Man, les pieds plats, aimer le Triomino ou péter au lit… Faîtes jouer votre imagination !

5/ Une couverture qui claque

Eh oui, cet aspect est à réfléchir longuement ! Outre-Atlantique, il vous suffira de prendre en photo un dé à coudre, une bague ou la flamme d’une bougie, de flouter un peu l’ensemble et de mettre l’objet sur fond noir avec le titre en blanc. Hop, 200,000 exemplaires de plus.

En France, il faudra vous armer de patience pour faire « la » photo poétique. Le choix, cela dit, ne manque pas. Prenez en photo un arrosoir, des géraniums, des pommes tombées de l’arbre, une cabane de jardin, un tuyau d’arrosage ou encore un chat en train de faire sa toilette. En option : un rayon de soleil qui perce au milieu de la photographie fait toujours son effet. Restez sobre pour le titre avec un bon Times New Roman dont l’efficacité n’est plus à prouver.

6/ Des goûts affirmés

Aux US, votre héroïne sera forcément fan de littérature anglaise, mais quand je dis anglaise, c’est britannique. Ne citez pas H.D Thoreau, Salinger, Nabokov ou Walt Whitman, mais plutôt les soeurs Brontë, Arthur Conan Doyle ou Jane Austen. Elle a lu, à 17 ans, tous les sonnets de Shakespeare, et relit les Hauts de Hurlevent chaque soir dans son lit avec la Nocturne opus 9 n°2 de Chopin qui tourne en boucle sur sa platine vinyle.

En France, pensez cinéma d’auteur, tisanes de camomille et « bons vieux livres » aux pages cornées, au coin du feu. Vous pouvez également citer des philosophes inconnus, aborder des questions métaphysiques, chercher le « pourquoi du comment ».

écrire

7/ Des lieux où l’on se verrait vivre

Aux US, il faut trouver l’indispensable « petite bourgade où rien ne se passe » afin de s’assurer que l’arrivée de nouveaux venus ne passe pas inaperçue. Choisissez l’Etat de votre choix, pourvu qu’il fasse soit trop chaud, soit trop froid, soit trop humide. Une petite ville de l’Etat du Michigan, c’est parfait. Le roman doit commencer par l’arrivée du nouveau venu au lycée (ou de la nouvelle venue dans l’entreprise de son patron), et se terminer par le traditionnel bal de promo (ou le vernissage de l’exposition du meilleur ami).

« Ce fut à ce moment précis que je le remarquai. Seul, fixant son plateau-repas d’un air indifférent. Personne ne semblait lui prêter attention. Et tandis que je relevais la tête une énième fois pour admirer ses cheveux de jais, nos regards se croisèrent et mon corps s’embrasa. »

En France, ça se passe soit à Paris (avec au moins une scène dans ce « petit restaurant intimiste où l’on connaît le chef et où la carte propose des ingrédients locaux rigoureusement sélectionnés ») soit dans la campagne profonde. Si vous optez pour cette dernière, n’oubliez pas de mentionner le fermier du coin qui part à mobylette vendre son fromage et ses œufs dans le village d’à côté, sinon les éditeurs parisiens ne le liront même pas.

8/ Re-mer-cier !

Aux Etats-Unis, il faut consacrer deux pages au minimum aux remerciements. Remerciez d’abord votre agent, votre éditrice, les amies de votre éditrice avec lesquelles vous êtes allée bruncher dimanche, vos parents, vos frères et soeurs, vos enfants, votre mari, votre maîtresse d’école de CP, vos poissons rouges, le vendeur de l’animalerie où vous êtes allé les chercher, le serveur du Starbucks qui a bien orthographié votre prénom la semaine dernière, Cyril Hanouna, et surtout trouvez un endroit où placer le mot « infiniment ».

En France, terminez le roman par une phrase un peu mystérieuse. Exemple : « Je vous dois tout. » (sans préciser si vous parlez de vos lecteurs ou de vos huissiers). De Nadine de la compta à votre peintre en bâtiment, chacun y trouvera son compte.

Prêts à vous lancer ?

 

PS : Je remercie ma mère, les chauffeurs de bus de la RATP qui me disent bonjour à chaque fois, mon maître d’école de CM2 qui n’a jamais réussi, malgré tous ses efforts, à me décourager, et mon chat sans qui rien n’aurait été possible.

Author: Mélisande QUEINNEC

2 thoughts on “Comment écrire un best-seller ? 8 tips pour atterrir en haut de la pile

  1. J’avoue, j’ai regardé cet article parce que j’aimerais bien me lancer dans l’écriture et que je pensais qu’un conseil n’était jamais de trop ! Mais en fait, je me suis payé une bonne tranche de rire, et pas mal d’auto-dérision !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *