Les Tiers-lieux : lieux hybrides et nouvelle agora

En 2 mots… le diagnostic est partagé par un grand ensemble de citoyens et citoyennes en France : notre société occidentale traverse actuellement un phénomène d’accroissement des inégalités sociales et économiques. Le sens même de la vie des individus est remis en question dans les crises environnementales, politiques et sociales. La société se « polarise » et les inégalités accroissent.

Ces crises ont fait également naître des contestations citoyennes, cherchant à initier des pratiques innovantes, afin d’améliorer les conditions de vie des citoyens.

Un concept historique

Les Tiers-lieux sont nés au XXème siècle.

Notamment, avdc la 2nd Guerre mondiale et le souhait des anglais de créer des espaces multimédias capables d’entourer les individus pour se protéger des nazis. Puis, dans les années 1960 aux USA, la guerre du Vietnam et l’apparition de communautés. Enfin, les années 1990, l’explosion du numérique (ex : la création du World Wide Web qui est le protocole de transfert d’information internet) et l’essor fulgurant du télétravail et d’espaces de bureaux collaboratifs.

C’est Ray Olderburg, sociologue qui initie le terme de « Tiers-Lieux ». Il les définit comme tels : « le travail hors des murs de son entreprise et même en dehors de son domicile ».

Aujourd’hui, nous pouvons dire que les tiers-lieux sont des points d’ancrage de la vie communautaire et de convivialité au niveau local permettant d’établir une sociabilité urbaine, tels que les bars ou les bibliothèques dans les années 80. Starbucks l’a bien compris…

Une fonction politique entre espace public et privé

Ils ont une fonction politique. En effet, « l’ensemble de la population peut s’y croiser de manière improvisée y confronter des idées et promouvoir des valeurs ».

Dans son essai « Tiers-lieux et Cie », Antoine Burret raconte qu’ils sont la « nouvelle agora, un lieu passerelle, d’échange et de croisement, une fabrique d’innovation ». En soit, un mélange d’amateurs et de professionnels cocréant des projets en prônant le vivre-ensemble.

Les Tiers-lieux peuvent être résumés en trois mots-clés : communauté, territoire, processus. Ce sont de véritables communautés vivantes dans le sens où se sont les usagers qui font vivre le lieu en ayant un projet collectif fort.

Le tiers-lieu émancipe les individus qui le fréquentent tout en restant dans une structure collective.
De l’anglais « Third Place », ces lieux hybrides ne relèvent ni du domicile, ni du travail et se situent entre espace public et espace privé.

Les Tiers-lieux en France en 2019

Le Gouvernement a lancé en 2019, un programme national de développement des tiers lieux à hauteur de 110 millions d’euros sur trois ans, afin de favoriser la création de 300 Fabriques des territoires.

Au 26 Septembre 2018, il existait 600 tiers lieux en France, d’après Patrick Levy Waitz. Des années 2000 à 2016, les tiers-lieux ont été multiplié par 3.
La région Ile-de-France compte le plus de tiers-lieux (un peu plus de 300), juste devant la région Auvergne-Rhônes-Alpes.

Avec une moyenne de 10€ la journée, il y a 2 types de dominantes de tiers-lieux :

  • Tiers lieux à dominante coworking, où les espaces de travail partagés constituent le coeur de l’activité ;
  • Tiers lieux à dominante fablab, où la fabrication, à travers la mise à disposition de machines et d’outils, est le coeur de l’activité.

De plus, les Tiers-Lieux peuvent prendre la forme de plusieurs formes juridiques, tels que des collectifs informels, des associations, des SARL, des SCOP (société coopérative et participative), des SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) et des CAE (coopératives d’activités et d’emploi).
Mais nous pouvons citer aussi les repair-cafés, les HackerSpace, les jardins et habitats partagés…

Quelques exemples :

  • Le 104 : EPCC (Etablissement public de coopération culturelle)
  • La Ruche : association de réseau national qui soutient et accompagne l’entrepreneuriat social et est un espace de coworking collaboratif
  • La Halle Civique Belleville : située dans le XXe, c’est un espace dédié à l’ensemble des acteurs de la participation citoyenne et de l’innovation démocratique à Paris. Ce sont des associations auto-gérées par les membres du collectif (qui n’est pas salarié).
  • Le projet Les grands voisins – Fabrique de biens communs qui est géré par l’association Aurore, la coopérative d’urbanisme temporaire Plateau urbain et par l’association Yes We Camp

Même le squat d’artistes militants du 59 rue de Rivoli à Paris s’apparente à une structure de tiers-lieux…

« Un tiers-lieu ne se définit pas par ce que l’on dit mais par ce que l’on en fait »

Suite au boom des tiers-lieux, des problèmes peuvent se poser. Celui de la fracture numérique : tou.te.s les citoyen.ne.s n’ont pas le même accès à l’information. De plus, celui de la récupération politique : transformer les tiers-lieux en institutions est en paradoxe avec la notion de liberé qu’ils prônent.

Author: Sophie CALDAGUES

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