Je stalke donc je suis

stalker

En 2 mots… un stalker, c’est un rôdeur. Un traqueur. Un stalker, c’est quelqu’un qui cherche. Avec l’émergence des réseaux sociaux, il n’a jamais été aussi facile de retrouver les traces de ceux que l’on côtoyait. Et qui n’a jamais rêvé de savoir ce qu’il advenait de son premier amour, de la reine du lycée ou de cette prof remplaçante au collège ? Qui n’a jamais, consciemment ou non, espéré « sortir du lot », dépasser ses anciens camarades en terme de réussite sociale, briller enfin ?

Alors, on « stalke ». On passe des heures à « googliser » ses anciens camarades pour savoir qui de l’un ou de l’autre a atteint ses objectifs d’ados. On découvre qu’à 24 ans, Marine s’est déjà fait une place dans le milieu des médias indépendants quand notre propre expérience en journalisme n’en est qu’à ses balbutiements. On déchante. Puis on apprend que Nidhal est devenu le responsable com’ d’une université ou qu’Alix vit son rêve de musicienne. On sourit. On cherche les traces de Jeanne et Baptiste et on ne trouve rien. Ni photo, ni profil professionnel. Ils pourraient être morts… On hausse les sourcils. On cherche, encore et encore. 14 heures. Toujours rien.

A la recherche du temps perdu

On stalke et on se fait du mal. On essaie de comprendre : pourquoi est-ce si important pour nous de savoir, quand les autres ont probablement déjà oublié que nous avons foulé le même sol et que nous avons gravé les mêmes tables au compas, pendant les cours de philosophie ? Pourquoi est-ce si important pour nous de savoir, quand tout semble nous réussir ? On se remet en question. Réussit-on vraiment ? Ou sommes-nous encore cette créature chétive, apeurée qui rasait les murs entre deux cours pour ne pas se faire brutaliser ? Ce « nobody » dont personne ne se souvenait jamais ? On se pensait changé, différent depuis nos jeunes années… On se découvre aussi fragile et perdu qu’à la sortie du secondaire.

stalkerOn stalke et on en sort vidé. On perd notre temps. Rien ne se passe, aucun sursaut, aucune émotion si ce n’est de la mélancolie. On maudit les réseaux sociaux. On coupe la box internet. Et puis comme ça, sans raison, quelques semaines plus tard, on recommence. Et on se hait, encore et encore. Le temps file, l’amertume reste.

Author: Mélisande QUEINNEC

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