INTERVIEW – James et la non-binarité


[WARNING]

Cet article va aborder des thèmes LGBT friendly.
Si tu as un souci avec ça, je te prie de passer ton chemin.


J’ai rencontré James via un réseau social assez connu dont je tairai le nom. Son profil m’atypique m’a donné envie de lui parler davantage. Son authenticité, sa sincérité et son histoire m’ont touchées.

En 2 mots… licornes, genre et acceptation de soi.

♥ Est-ce que tu peux résumer ce que cela signifie être « non-binaire » pour toi?

Pour moi, la non-binarité est le fait de ne pas être en accord avec le genre attribué à la naissance d’un point de vue « sociétal ». Par exemple, je suis « AMAB » – Assigned Male At Birth –, c’est-à-dire que je suis vu par la société comme un homme, mais je ne me considère pas comme tel.
Ça ne veut pas forcément dire que je me considère comme étant une femme.
Je vois ça comme une sorte de curseur qui varie en fonction des jours, des besoins, des envies, des situations, etc…

Comment et quand tu l’as su ?

J’ai toujours, je pense, réfléchi à la question : comment je me « genrais » par rapport à la société.
Je me suis toujours posé la question « Qu’est-ce que j’aurais fait dans cette situation si j’avais été une femme ? »
De plus, il y a une vanne récurrente chez les hommes : « ouais moi aussi je suis lesbienne »…
Sauf que chez moi, ça n’a jamais été une vanne beauf, j’ai juste mis du temps avant de comprendre que parfois je me sentais femme et que cette affirmation pouvait être vraie pour moi.
Depuis peu, j’ai enfin fini mes études, et j’ai décidé de prendre du temps pour m’occuper de moi, et la question de mon genre est revenue.
« Est-ce que je me sentais homme ? » Non toujours pas.
« Est-ce que je me sentais femme ? » Et bien non pas vraiment non plus.
Alors j’ai cherché et je suis tombé sur le genre non binaire, et ça a été une révélation. J’avais 29 ans. 🙂

Comment gères-tu auprès de tes proches et de la société ?

Le sujet de ma non-binarité est encore extrêmement récent pour moi…
J’ai donc fait un coming-out limité si je puis dire : j’ai commencé par l’annoncer sur les réseaux sociaux.
Sur Twitter d’abord (le réseau social sur lequel j’ai le moins de proches) et évidemment, quasiment aucune réaction.
Puis sur Instagram, où je commence à avoir quand même quelques amis. Tout s’est extrêmement bien passé, j’ai eu de bons retours, et beaucoup de soutien.
Pour finir sur Facebook, sur lequel j’ai des amis, des vieux amis, des proches, etc… et pour le coup même réaction, du soutien.
En revanche, je n’en ai encore jamais parlé en face à face avec quelqu’un (sauf ma psy), principalement parce-que je n’ai croisé personne depuis (c’est un sujet que je n’ai pas encore envie d’apporter sur mon lieu de travail).
J’ai vu mon meilleur ami mais on était pompette donc pas le moment, et je n’arrive pas encore à en parler à ma maman.

Est-ce que cela t’a fait mieux t’accepter et te comprendre ?

Alors oui, je l’assume vraiment beaucoup plus. Disons que je suis plus en adéquation avec mon corps et mon esprit. Je me sens tout simplement mieux. Cette situation me correspond.

Comment te situes-tu par rapport à ta sexualité ?

Vaste question. Déjà, je n’ai eu aucune relation depuis mon coming-out, donc je n’ai pas le recul suffisant.
En revanche j’ai cherché quel terme me convenait le mieux, « Suis-je hétéro ou lesbienne ? »
En réalité ni l’un ni l’autre puisque les 2 mots me rapportent à mon propre genre et donc ne me conviennent pas.
J’ai appris aujourd’hui qu’il existait un terme me correspondant : la « gynesexualité », ce qui signifie être attiré par les femmes (indépendamment de mon propre genre donc).

Comment vois-tu le futur par rapport à ta non-binarité ?

Je le vois heureux. (Réponse facile hein ?)
Je me vois faire un travail pour apprendre à me réapproprier ma vie personnelle, sentimentale, amoureuse et sexuelle mais avec un nouveau point de vue.

As-tu as déjà subi une situation discriminatoire ?

« Discriminatoire » pas vraiment puisqu’au yeux de la société, je suis un homme cisgenre.
En revanche j’ai « subi » beaucoup d’homophobie, et même si ce n’était pas dirigé directement contre moi, j’ai eu tendance à le prendre beaucoup pour moi.

Une anecdote à nous partager ?

Je ne supporte plus la vanne « Si t’es ni un homme ni une femme, alors t’es quoi ? Un hélicoptère de combat ? »

Est-ce que tu crois que la non-binarité est une façon de dire « merde » aux carcans de genre mis au point par la société ou bien que ça s’inscrit véritablement dans une volonté de « libérer le genre » et d’être qui on est ?

J’imagine que dans certains cas, ça pourrait être l’idée, oui.
Pas pour moi, puisque je le vis plus comme une réappropriation de mon genre.
Mais j’imagine que ça pourrait totalement être une sorte de question politique.

As-tu une photo / image / dessin qui résumerait tes idées ?

Je n’ai pas vraiment de photo / image / dessin en rapport avec la non-binarité, car c’est un sujet encore invisible et donc peu représenté. Il n’y a pas de personnage (même s’il parait que Loki de Marvel serait genderfluid, ou Blanche de Pokemon Go qui serait non-binaire).
Éventuellement il y a bien une image qui m’a particulièrement touchée, c’est Nomi de Sense 8 (série Netflix), à la toute fin quand son père l’appelle « Ma fille » pour la première fois… Même si elle est trans et moi non-binaire, cette image a trouvé un écho en moi.

As-tu l’impression de faire partie d’une « communauté » (LGBTQI+) ?

Logiquement, les non-binaires sont une sous-catégorie trans, donc officiellement, oui.
Du peu que j’ai pu en vivre oui, je pense même si comme dans toute communauté, il y a des gens qui rejettent. Mais globalement, à chaque fois que j’ai eu une question ou une problématique, j’ai toujours pu trouver quelqu’un, donc je pense pouvoir dire que je fais partie d’une communauté et en l’occurrence de la communauté LGBTQI+.

Qu’est-ce que tu voudrais dire aux personnes qui se posent des questions sur leur genre ?

Je leur dirais qu’il ne faut pas avoir peur, qu’il faut se poser les (bonnes) questions, que si c’est possible, il faut en parler avec des personnes concernées. Par exemple en allant dans des assos.
Il faut arrêter d’avoir honte de ce que l’on est et envoyer chier toutes les personnes qui mettent un frein à cette liberté. En fait, tu es ce que tu es et ce n’est pas une honte. Si tu as besoin de te définir, de mettre un mot sur ce que tu ressens, alors il existe probablement un terme adéquat !

 


Merci James !

Author: Sophie CALDAGUES

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