Rencontre monnaie libre au Bar Commun : quand l’afterwork devient politique

bar commun

Article réalisé dans le cadre d’un exercice universitaire.

En deux mots… Niché au cœur de la très animée rue des Poissonniers à Paris, Le Bar Commun est un lieu de vie, un espace d’échange où se mêlent les travailleurs et bénévoles des associations environnantes et ceux qui souhaitent, à leur échelle, changer le monde… Découverte.

Marcadet-Poissonniers, 18ème arrondissement de Paris. Le Bar Commun se fond parmi les associations du quartier. Et elles sont nombreuses, de celles qui promeuvent l’entrepreneuriat social à celles qui valorisent l’engagement associatif et citoyen. Il était logique, ainsi, de monter ce bar associatif rue des Poissonniers.

Devant le bar, dont la façade grise n’attire pas immédiatement le regard, un frigo solidaire qui propose à des donateurs de mettre des vivres à disposition des gens dans le besoin. À l’intérieur, quelques tables et chaises en bois, un tableau noir listant les événements de la semaine, une scène qui permet d’accueillir conférenciers et musiciens, des petites annonces et des photos et tracts engagés.

Des habitués partagent déjà un thé, un café, une planche de fromages ou une bière – locale, à un prix défiant toute concurrence. Derrière le bar, Cécilia, Julien, Julia et Estelle. Ils ne seront pas là demain ; le bar, créé en octobre 2017, survit grâce à ses adhérents – pour 2 euros, ces derniers peuvent assister gratuitement aux événements proposés chaque semaine. Tous les serveurs sont bénévoles. L’équipe change tous les jours, en fonction des disponibilités de chacun. «L’idée, c’était de créer un lieu qui inciterait à réfléchir à la société qui nous entoure, explique Thierry, un habitué et bénévole de longue date. Et à emmener cette société à respecter l’humain et l’environnement.»

Afterwork « troc » : l’alternative à l’euro, la June (Ğ1)

Ce jeudi 19 septembre, les clients sont venus découvrir une monnaie libre qui compte déjà 2200 adeptes en France : la June (Ğ1). Et si c’est au Bar Commun que se tient l’événement, c’est parce-que l’utilisation de la monnaie libre tend à remettre l’humain au coeur des transactions : elle vise l’échange, non l’enrichissement. Une forme de troc, donc, pour Thierry, qui la définit comme un «retour aux sources», une preuve qu’il est possible de vivre autrement. «Au Bar Commun, on pense que l’on peut, en tant que consommateur, faire évoluer la société. Car tout est politique.»

bar commun

Les novices et habitués de la June ont répondu présent à la conférence. En attestant de l’existence physique des nouveaux, les utilisateurs leur ouvrent la porte de la «toile de confiance» et leur permettent de créer leur premier compte en June. La June permet à ses membres de générer quotidiennement un dividende universel. La condition pour commencer : assister aux rencontres «Monnaie libre» organisées aux quatre coins de l’hexagone, faire connaissance avec ses utilisateurs et rejoindre la toile de confiance. Ce soir-là, une vingtaine d’entre eux s’est déplacée pour répondre aux questions des novices et vendre des produits. «Ce qui est fou, c’est qu’on peut s’acheter du miel, des figues, sans dépenser 1 euro», s’enthousiasme Florence en troquant 60 Ğ1 contre 1 kg de fruits.

Renaud L., utilisateur convaincu de la June (Ğ1) et conférencier «monnaie libre», l’a adoptée il y a déjà deux ans, en parallèle de l’euro. «J’ai pu acheter du parfum, des jeux de société, une machine à gaufres et même du pop-corn !» Ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans les transactions en June. Une aubaine pour les adeptes, comme l’explique Renaud : «Plus le nombre d’utilisateurs augmente, plus le dividende quotidien augmente.» Renaud présente l’application mobile qui permet, à la manière de Lydia, l’application de remboursement entre proches, de réaliser des transactions en June (Ğ1) en quelques secondes.

Les réunions «Monnaie libre» entrent ainsi dans la continuité du projet du Bar Commun : elles proposent une nouvelle manière de consommer à des clients en quête d’alternatives à un système qu’ils n’acceptent plus. Et si le changement passait par une planche de fromage ou une bière commandée dans un lieu qui ne ressemble à aucun autre à Paris ?

Le Bar Commun, 135 rue des Poissonniers, Paris 18. Ouvert du mercredi au dimanche (horaires disponibles sur la page Facebook).

Author: Mélisande QUEINNEC

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