« En soie, porter le masque n’a jamais tué personne » : Anne-Marie Ploutocrate se lâche dans son dernier ouvrage

Texte librement inspiré du « Journal de confinement » de l’auteure factice Pepette Andrieu sur RTBF (signé Christophe Bourdon).

En 2 mots… Ah, le confinement. Cette période charnière, qui aura marqué les esprits en 2020. Certains auront profité de ces deux mois pour se reposer, dans leur résidence secondaire ,de campagne avec jardin. Pour peindre. Pour rêver. D’autres, pour se plaindre, sur les réseaux sociaux de leur 10m2 sans fenêtre face à un bâtiment industriel de la banlieue Nord. Enfants gâtés, si vous voulez mon avis. A mon époque c’était une clémentine et quelques coups de martinet qui les auraient attendus sous le sapin. Nous avons choisi, par souci de réalisme et pour représenter tous les Français de la classe moyenne supérieure, de parler des premiers. Mais dans un cas comme dans l’autre, les émotions étaient à fleur de peau, la peur faisait partie du quotidien et le déconfinement aura bouleversé nos habitudes.

L’auteure trente-quatre fois primée par les lectrices de Gelle Anne-Marie Ploutocrate a réussi à mettre des mots sur nos émotions. Dans son prochain best-seller savoureux Déboires masqués ohé ohé, un régal littéraire bientôt dans toutes les bonnes librairies (et peut-être même en Province), elle se livre sans détours. On vous en offre un extrait exclusif, un prologue d’une intensité rare.

Anne-Marie Ploutocrate a été 34 fois lauréate du prix des lectrices de Gelle. Sa dernière parution, « De Saint Trop’ aux rooftops », s’est écoulée à 873 000 exemplaires.

Au bal masqué, ohé ohé

« Je les ai choisis en soie. Non pas que je les porte très souvent, mon chauffeur a fait poser une vitre qui coupe la Mercedes en deux et nos échanges se limitent à quelques coups d’œil timides à travers le rétroviseur intérieur. Mais ma dermatologue est convaincue que la soie pourrait m’aider à préserver ma peau des méfaits du temps. Et puis, soyons honnêtes : c’est chic.

Le masque, c’est un peu comme l’uniforme. Il a des bons et des mauvais côtés. Les bons, d’abord : les remugles des égouts dans les rues parisiennes paraissent moins agressifs. A moitié couverts, les gens semblent moins laids. Et puis, accessoirement, il nous protège contre cette guerre silencieuse menée par notre vénérable président, un combat de tous les instants contre un Ennemi invisible, la Covid-19. Les Gilets jaunes vous insupportaient ? Aujourd’hui les rues vides et les restaurants au bord de la faillite regrettent presque les animés samedis de manifestations.

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Paradoxalement, ce masque me donne une douloureuse impression que faire la différence, s’éloigner de la masse est désormais compromis. Masqué(e), difficile de deviner le contenu du portefeuille d’actions de celui qui nous fait face, dans ce café à l’angle des Invalides. Alors, on réfléchit. On opte pour du sur-mesure, garantie de finitions impeccables. Car c’est au travers du design, des matières nobles et d’un tissage au millimètre que l’on peut encore se distinguer de ceux qui se pressent et se compactent dans des rames de métro odorantes, jonchées d’ordures et d’excréments de rats. »

Hier encore, j’avais 20 ans

« Je n’ai jamais osé mettre ne serait-ce qu’un orteil dans le métro, pour être honnête. J’ai grandi simplement, sans chichis, dans une maison de taille moyenne – cent quarante mètres carré, sur une charmante petite crique, à quelques kilomètres de Saint-Tropez. Ma mère, professeure d’université, m’a inculqué des valeurs d’humilité et de partage. Mon père, la forte tête de la maison, passait trop de temps au bureau pour avoir vraiment le temps de m’emmener dans la capitale. Il faut dire que du travail, il en avait. La dure vie d’un trader, parti de huit à dix-neuf heures tous les jours, week-ends inclus.

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Lorsque je suis arrivée à Paris, j’avais vingt-et-un printemps. Je venais de terminer mon diplôme de commerce et de fêter mes fiançailles avec Gontrand, tout juste trente-huit ans. Je l’avais rencontré lors d’une soirée à Saint-Tropez, mon père nous avait présentés. Chemisette blanche, pull camel sur des épaules larges et bien dessinées, bermuda et mocassins à glands et montre Omega flambant neuve, il avait ce petit truc en plus, une démarche et une carrure qui m’avaient inexorablement attirée. Ses cheveux blonds blancs, signe évident d’origines hollandaises, étaient impeccablement coiffés, son visage glabre semblait taillé dans le marbre. Trader lui aussi, il s’était vanté d’avoir empoché son premier million avant ses trente ans. Et avant même qu’il ne demande ma main à mon illustre paternel, j’étais amoureuse et je prenais un billet d’avion en business class pour la Ville Lumière.

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C’était il y a si longtemps… Aujourd’hui, j’ai cinquante-deux ans. Les cendres de Gontrand ont été dispersées sous le Pont Alexandre III. C’était son dernier souhait. Nous avions quitté Granville en catastrophe et choisi une clinique privée proche de notre appartement du 8e arrondissement et prié, chaque jour, prié fort pour qu’il se remette. Je n’avais même pas eu le temps de faire le point avec Juan, le jardinier, pour qu’il pense à entretenir les balconnières et à tailler le rosier Pierre de Ronsard qui rend tout le quartier jaloux. Avant de partir, mon mari, mon roc, mon ami, mon pilier, ma péninsule, mon amant, l’homme de ma vie, m’a regardée. Il a toussoté – la faute aux cigares qu’il avait l’habitude de fumer après le travail, un verre de Glenfidditch hors d’âge on the rocks à la main, mais aussi à ce satané virus qui l’a emporté. Il a esquissé un de ses habituels sourires – un peu tordu, trahissant son épuisement. Et il s’est lancé : « vis ta vie, Anne-Marie. Carpe diem. Seul Dieu peut te juger. »

Fume avant que la vie te fume

« J’en frissonne. Il était si philosophe, Gontrand. Mes doigts tremblent sur le clavier. Et voilà que je me déconcentre, que j’oublie le sujet principal de mon livre. Pourtant, je suis rentrée à Granville pour m’inspirer. L’air frais de la campagne me manquait. Le parfum des fleurs aussi. A Paris, je sens l’odeur de mon mari partout. Je me déconcentre encore. Il faudra que je m’occupe de l’assurance vie et du patrimoine mobilier. Je secoue la tête, tente d’éclaircir mes idées… Les masques. La pile de masques en soie irisée semble me jauger depuis le buffet décoré dans le style époque Ming, dans le salon.

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Gontrand serait fier de moi. Ces deux mois, confinée à ses côtés dans la résidence de Granville, les portes-fenêtres de la véranda ouvertes droit sur la mer qui nous regardait vivre, c’était l’école de la vie. Je me sentais Emma Bovary à Paris. En Normandie, j’étais comblée avec peu, plus sereine que je ne l’avais jamais été. Aujourd’hui, tout est différent mais je garde le cap. Je me fais alors une promesse : celle de continuer à écrire, pour transmettre et partager un petit pan de mon coeur avec le monde. Chers lecteurs, de Paris intra-muros et même de Province – merci Amazon, ce nouveau livre est le vôtre. »

Déboires masqués ohé ohé, Anne-Marie Ploutocrate, broché, 99 pages, disponible le 24 juillet aux éditions Plomb et en précommande.

Author: Mélisande QUEINNEC

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