« Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel. » – Paul Eluard

En 2 mots… cet article est assez personnel et a été publié précédemment sur le média ZEP (Zone d’Expression Prioritaire).

Les symptômes se sont manifestés quand mon frère jumeau Antoine a quitté la maison familiale. Une fois le diagnostic posé, je suis hospitalisée durant plusieurs semaines. Aujourd’hui, j’estime être en bonne voie de guérison.

Quand j’avais 18 ans, mon frère jumeau Antoine est parti du jour au lendemain, faire ses études ailleurs.
Ma psy m’a dit que cela avait été le « déclencheur ».
C’est à ce moment qu’ont commencés les crises d’angoisse, les troubles, les difficultés de concentration, les pleurs… Une descente aux enfers que je ne soupçonnais pas.

J’étais en IUT information-communication, loin de ma mère et la formation ne me plaisait pas.
J’avais rejoint mon père avec qui je n’avais jamais eu beaucoup de contacts.
Mon esprit vagabondait, je n’arrivais pas à suivre les cours.
J’avais des maux de tête horribles et des difficultés pour communiquer avec mes camarades.
Le tableau bougeait, j’avais du brouillard devant les yeux.
Quand j’étais dans le bus, j’avais parfois l’impression que les gens parlaient de moi. Je sortais alors immédiatement. Je faisais des dessins assez étranges de petites filles qui se trouvaient dans un puits noir, sans fond.
Des dessins que j’ai toujours.

Hospitalisée, loin du tumulte

Après ces symptômes, j’ai décidé de me faire hospitaliser.
J’ai demandé à mon père de m’emmener, en urgence, dans un grand hôpital parisien spécialisé dans les maladies psychiques.
Ambiance calme, salles lumineuses, climat assez chaleureux au premier abord.
Cela ne coïncidait pas avec la gravité de la situation.
J’ai eu plusieurs rendez-vous, j’ai dormi là-bas 15 jours.
Après diverses tests et tergiversations, le diagnostic est tombé : « Trouble du spectre schizophrénique. »
Donc pas de la schizophrénie pure et dure, mais quelque chose qui s’en approchait.
De là, loin du tumulte de la ville et de ma vie, restait à accepter la maladie. Par moi et par mes proches.

Le traitement de ce type de maladie, c’est un traitement médicamenteux assorti d’un suivi psychologique.  On fait des « essais » et on voit si ça marche.
Mes médicaments me calment, réduisent l’anxiété, la dépression, les crises d’angoisse et les hallucinations.

A l’hôpital, j’avais une chambre individuelle, assez « cosy », mais j’avais le droit de me déplacer dans tout l’hôpital, et de rencontrer les autres patients. J’ai également assisté à des groupes au sein de l’hôpital afin de parler de mes symptômes et d’extérioriser les maux par le sport.
Les autres patients étaient plutôt sympas, « normaux ».
Je pense que nous n’étions pas les pires cas…
J’ai été soutenue.
Les professionnel.le.s de santé et mes proches m’ont très bien accompagnée.

Je n’ai plus peur :  » Il n’y a pas de grand esprit sans un grain de folie. » – Proverbe espagnol

Depuis, je me rétablis.
Après diverses hospitalisations (trois dans trois hôpitaux différents), je vais beaucoup mieux. Les médicaments m’aident à tenir le coup.

Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Toute la vie ?
Je suis accompagnée par des professionnel.le.s pour reprendre ma vie en main.
Je vois mon psychiatre une fois tous les mois environ, c’est bien moins qu’au début.
Nous parlons pendant 30 minutes, une heure, de ma vie, de mon moral, de mes projets.
En y repensant, je pense que cet épisode m’a permis d’évoluer et de me recentrer sur moi.
En fait, quand tout va bien, on ne se rend pas bien compte que tout peut basculer d’une seconde à l’autre.
J’ai pris en sagesse je crois, puis en maturité.
Je n’ai plus peur d’affronter les tracas de la vie quotidienne, je suis plus forte.
Je relativise et me dit que si j’ai pu endurer ça, je peux endurer le reste.

« La vie est une traversée orageuse à soutenir et à diriger vers le port, un effort, bref une épreuve. » – Henri-Frédéric Amiel

Author: Sophie CALDAGUES

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