INTERVIEW – Aloïs et le survivalisme

En 2 mots, vous avez déjà rêvé d’invasion de zombies … Ou bien de catastrophe naturelle à l’échelle mondiale ?
Aloïs essaye de répondre à nos questions sur le survivalisme ! 

♣ Qu’est-ce que le survivalisme pour toi ?

À mon sens le survivalisme c’est un concept qui va au delà de la simple préparation à des catastrophes, comme on l’entend souvent.
C’est d’abord une recherche d’autonomie et d’émancipation vis-à-vis de la société de consommation.
Et ensuite une recherche de solutions face à des « ruptures de la normalité ». Ce genre de rupture ça peut être aussi bête qu’une panne de courant chez toi, ta bagnole qui tombe en panne ou ton frigo… Comme des trucs plus sérieux tels qu’une inondation, un tremblement de terre, une catastrophe technologique, etc.

♣ Connais-tu un peu son histoire ?

L’histoire du survivalisme n’est pas facile à cerner. Je ne lis pas beaucoup mais je sais que ça fait un moment que c’est théorisé, en tout cas aux États-Unis. La guerre froide doit y être pour beaucoup parce qu’à l’époque on fantasmait tous plus ou moins une guerre nucléaire entre les russes et les américains. Il y a des gens qui se disent « preppers » depuis des années là bas avec chacun plus ou moins sa manière de l’appréhender. Après je crois que ça a explosé avec internet, des chaines YouTube comme celle de Vol West ont émergé en français et ça a un peu lancé la trend chez nous. Des journalistes s’en sont emparés pour les faire passer pour des bêtes de foire en faisant le parallèle avec les américains qui avaient un abri anti-atomique dans leur jardin, qui étaient armés jusqu’aux dents et qui stockaient des tonnes de bouffe lyophilisée et de conserves dans leur garage.
Aujourd’hui il y en a pas mal qui cherchent à creuser l’autonomie et avec les théories dites « de l’effondrement » ou « collapsologie » qui se banalisent, ça revient un peu sur le devant de la scène.

C’est cool, mais il faut voir ce qu’on en fait, comme chaque effet de mode : ça peut retomber ou devenir un truc de hipster de plus. Il faut espérer à mon sens que les gens vont essayer de gagner en autonomie, ils peuvent y être poussés par cette période de crise sanitaire ou par la perspective d’un nouveau confinement. Je ne pense pas que ça devienne banal pour tout le monde et tant qu’on ne se prendra pas un vrai coup dur sur le nez, la plupart d’entre nous restera attentiste.

♣ A ton avis, pourquoi ce terme existe ?

Ce terme existe parce qu’il faut bien mettre les gens dans des cases et des étiquettes sur les cases, sinon on est perdu! Ce que je n’aime pas dans le terme « survivalisme » c’est que ça donne l’impression qu’un survivaliste a la survie comme dogme et en oublie de vivre.
C’est certes une dérive et c’est une étape angoissante qui arrive à tout ceux qui commencent à s’y intéresser, mais ça n’est pas une vérité absolue sur tous les « survivalistes ».

♣ Quelle serait la menace la plus susceptible d’arriver selon toi ?

Il n’existe pas de menace plus susceptible d’arriver que les autres, de manière générale.

En réalité, ça ne dépend ni seulement d’un continent, d’un pays, ni seulement d’une région , ni d’une ville, etc.
Tout cela est à prendre en compte : habiter dans le Jura et se préparer à un tsunami ça n’a pas de sens, de même que se préparer à une avalanche à Conflans-Sainte-Honorine.
L’important c’est de connaître chacun son environnement et de pouvoir identifier les menaces en local (inondations dans le Gard, catastrophe technologique à Rouen, incendies dans le 66…)
Ensuite il y a le reste, les risques d’instabilité politique, de guerre qui sont à identifier en fonction de son pays et de sa conjoncture.
Là où je suis par exemple, il y a un risque certain de glissement de terrain, inondations, et chute de pierres.
Donc il faut faire gaffe où l’on pose ses valises et savoir que potentiellement la route pour aller faire les courses peut se retrouver fermée des mois.

♣ Comment te prépares-tu à cela ?

La façon de se préparer c’est avant tout de connaitre des routes alternatives, et si elles ne passent pas en voiture, on a toujours les vélos!
L’idéal c’est aussi d’avoir un minimum de courses d’avance, surtout alimentaire et aussi de quoi s’en sortir en cas de conditions de toute drastique (blocage des heures dans le froid) :

  • Avoir du carburant d’avance
  • Avoir de quoi dormir dans sa voiture
  • Avoir de quoi déneiger et rouler sous la neige (chaines, chaussettes, etc)
  • Avoir la toile du temps.

Ce sont des petits trucs mais c’est le minimum parce que les secours ont autre chose à faire que d’aller chercher un clampin à 5 km de chez lui.

♣ Aurais-tu des tips à nous donner ?

  1. Si vous discutez survivalisme en repas de famille et qu’on vous traite de parano, demandez pourquoi chacun à cette table claque des centaines d’euros par an en assurance…
  2. En règle générale, pour ne pas avoir d’ennuis, essayez d’éviter ce qui est évitable (pannes de voiture, de batterie de téléphone). Si vous ne faites pas tout au dernier moment, ça aide beaucoup.
  3. Ne faites pas de trucs dangereux sans protection et sans être à ce que vous faites (le feu ça brûle, les couteaux coupent, etc).
  4. Si vous vous lancez dans le survivalisme, avant d’acheter 2000€ de trucs souvent inutiles après avoir mangé des heures de vidéos YouTube sponsorisées, prenez le temps d’acquérir de l’immatériel : des connaissances. Apprenez sur la topographie de votre coin, sur la faune, la flore, les routes, les soins en cas de blessures, formez vous aux premiers secours, etc.

J’aimerais développer sur quelque chose qui me parait important : la solidarité n’est pas incompatible avec le survivalisme. Si vous êtes préparé, vous serez plus à même d’aider votre voisin que si vous êtes vous même dans la galère à essayer de protéger vos proches. D’autre part dans une optique d’effondrement généralisé, vous aurez des choses à échanger, qu’elles soient matérielles (nourriture, objets divers) comme immatérielles (compétences et connaissances).


Merci Aloïs !

Author: Sophie CALDAGUES

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