INTERVIEW – L’association Symbioz et la masculinité toxique

En 2 mots… J’ai eu la chance dans le cadre d’une rencontre association de répondre à un Kahoot de l’association Symbioz et une des questions portait sur la masculinité toxique. N’étant pas familière de ces mots, j’ai demandé à Audrey et Lara de m’éclairer quant à cette notion, ce qu’elles ont gentiment accepté.

♠ Quelle est votre association ? De quoi parlez-vous ?

Audrey et Lara : Symbioz est l’asso LGBTQ+ de Sup’Biotech , une école d’ingénieur en Biotechnologies, à Villejuif. Nos objectifs sont multiples.
Le premier : s’assurer que l’école est un endroit safe pour les étudiants; qu’ils soient LGBTQ+ ou bien qu’ils se posent des questions.
Le deuxième : Permettre une plus grande visibilité au sein du cadre scolaire et sensibiliser autour des thématiques LGBTQ+ mais aussi de l’éducation sexuelle de manière générale avec des Kahoot organisés à l’école. Nous essayons d’améliorer le quotidien des étudiants en luttant contre les discriminations LGBTQ+ dans un premier temps. Nous devons nous soutenir dans nos combats pour l’égalité.
Pour finir, on organise aussi des évènements pour faire kiffer nos membres comme participer à des afterworks du Caélif, aller aux projections de festival de films LGBTQ+, sortir dans des endroits de Paris sympas, aller à la pride etc…

Combattre l’ignorance en rendant accessible l’information, c’est combattre les préjugés et idées reçus qui mènent souvent aux discriminations.

♠ Pourriez-vous définir « la masculinité toxique » avec vos mots ?

Audrey : La masculinité toxique est un terme permettant d’exprimer tout le surplus inutile de masculinité qui peut être présent chez une personne. Il s’agit du cliché ambulant de l’importance de la virilité et de la force tandis que cela nuit à la réalité de la chose et entraine un sentiment de complexe chez les personnes.

Lara : On entend beaucoup parler du sexisme et de ses conséquences sur la femme.
À mon sens, dénoncer la masculinité toxique c’est dénoncer ce que ce sexisme fait aux hommes (sujet bien moins abordé).
Le but étant de montrer que dans ce système patriarcal sexiste, tout le monde y perd, pas seulement les femmes. La masculinité toxique c’est cette image de l’homme fort (bien trop véhiculée), l’homme viril, l’homme sans émotions, limitant grandement le champ des possibles pour les hommes qui devraient se cantonner à ses stéréotypes.

♠ Avez-vous des exemples et des cas concrets ?

Lara : Il y a des exemples à tout âge dans le quotidien. On peut penser par exemple à l’école, un élève qui aurait une tenue jugée pas assez virile, trop extravagante, qui va subir des moqueries ou des remarques de la part des camarades de classe mais aussi parfois même des enseignants ou du personnel de l’école.
Ces personnes font, sans même le savoir, l’apologie de la masculinité toxique.
C’est cette pression sociale pour être et devenir un « mâle viril et dominant ».

♠ En quoi la « Masculinité toxique » est dangereuse et pour qui ?

Audrey : Elle est dangereuse pour les jeunes mais aussi pour tout le monde en général car elle cause une sorte de modèle irréel de la masculinité et va engendrer un sentiment d’infériorité ou même parfois de peur. Elle est souvent associée à un profond sexisme et donc elle est dangereuse envers le combat actuel pour l’égalité des sexes.

Lara : Les hommes sont des êtres humains aussi complexes que les femmes. Malheureusement, on leur a bien souvent appris à restreindre la communication. À encaisser. À intérioriser. Puisque communiquer et pleurer ne serait pas assez « homme », les émotions ne sont pas traitées, et cela peut générer des excès de violence, car ce n’est tout simplement pas sain. Une étude suèdoise démontrait que les hommes soutenant des clichés sur la masculinité étaient 4 fois plus violents que la moyenne. Et les femmes sont les premières victimes de ces violences.

Un autre exemple: 70% des personnes qui consultent des psy sont des femmes. Ce chiffre reflète parfaitement le fait que les hommes ont plus de mal à exprimer leurs ressentis et à en parler. C’est aussi quelque part demander de l’aide. Et donc admettre qu’on est pas si fort tout seul.

On voudrait nous faire croire que les problèmes de communication chez les hommes sont innés. Mais dès le plus jeune âge quand les garçons sont confrontés à des moqueries et insultes parce qu’ils seraient trop expressifs, pas assez forts, on traumatise ces enfants. On leur fait comprendre qu’il faut être « plus comme ça », « moins comme ça » pour être accepté, être un garçon « normal » . Le danger ici c’est qu’ils ne puissent jamais explorer à 100% qui ils sont. Être accepté et être aux yeux de tous un mâle viril en devenir ou être extravagant, sortir du lot et subir des remarques. Cette masculinité toxique fait également complexer des hommes qui ne correspondent pas assez aux critères de la virilité, engendrant un complexe d’infériorité. Bref c’est un sujet à prendre au sérieux !

♠ Que pensez-vous des nouvelles normes avant-garde qui permettent aux jeunes hommes de se maquiller par exemple, ou alors à des hommes cadres, dirigeants qui se ramènent en jupe et en talon sur le lieu de travail ?

Audrey : Il s’agit de quelque chose de génial car cela permet de continuer à casser les codes qui ont été inscrit il y a trop longtemps déjà et de banaliser le fait qu’un sexe n’est pas rattaché à un genre et notamment qu’un genre n’a pas besoin d’être l’un ou l’autre.

Lara : Elles sont très importantes pour briser les stéréotypes. Pour inspirer d’autres hommes à être pleinement eux-mêmes. Et pour banaliser des tenues et/ou comportements qui n’ont pas à être rattaché-es à un sexe ou une expression de genre.

Period : Mark Bryan « Cet américain du Texas, un homme hétéro, marié et heureux, qui aime les Porsche, les belles femmes et qui intègre des talons et des jupes dans sa garde-robe. »

♠ Question ouverte : Pensez-vous qu’à l’avenir, la notion de « genre » comme on la connait aujourd’hui disparaitra ?

Audrey : Il faudra du temps pour que les barrières qui ont été fixées et ancrées dans la société bouge mais nous avons bon espoir qu’un jour elles tombent. Les choses évoluent déjà dans un bon sens même si c’est lent et long, la jeune génération est déjà beaucoup moins ancrée dans les notions de « genres » de l’époque avec fille, rose, féminin, et garçons, bleu, masculin. Un lissage progressif de ces notions apparait et à l’avenir se lisage sera peut-être total.

Lara : La société patriarcale  dans laquelle nous vivons (très attachées aux stéréotypes pour ranger tout le monde dans une petite case) n’est pas prête de laisser ça arriver. Mais on voit clairement les mentalités évoluer. Notamment grâce à des sources d’information indépendantes sur les réseaux sociaux, on transmet des réflexions, des idées, des vécus et on sensibilise énormément de personnes sur la question. Il reste énormément de travail pour briser les stéréotypes de genre et leurs impacts négatifs sur notre société. Il est possible qu’un jour, n’importe qui puisse être 100% soi-même sans être persécuté-e ni jugé-e. Le monde serait alors à son plus haut potentiel à mes yeux, car cela ne serait même plus un sujet, et laisserai de la place pour de la réflexion à autre chose.

Poursuivre les combats des féministes et lutter contre la masculinité toxique c’est tendre vers un avenir de possibilité, où chacun pourrait exprimer son être, sa personnalité, sans être freiné par des clichés.

 

♠ Selon vous, comment lutter contre ce masculinisme toxique ?

Lara et Audrey : Sensibiliser à tout âge. Dans l’éducation des enfants, bannir tous les clichés, souligner l’importance de la communication et de l’expression des émotions, ne pas imposer certains jouets par exemple (pistolets, épées etc) à un enfant parce qu’il a des organes génitaux masculins. Mais être à l’écoute et ne pas juger.

Pour les plus âgés, il y a souvent déjà beaucoup de masculinité toxique intériorisée. Que ce soit transmis par les parents, la famille ou les ami-es. Il faut alors à l’école proposer des ateliers qui favorise la déconstruction de tous ces clichés. C’est ce que nous proposons à travers nos Kahoot. Et au-delà de tout ça, il faut en parler. À son frère, à son père, à ses amis. Pousser au débat, à la remise en question de certains principes mais attention, il ne faut pas s’attendre à ce que ce soit simple. Ces notions sont pour certains le fondement même de leur comportement, ce n’est alors pas simple à remettre en question. Cela peut-être des sortes de repères qui peuvent avoir leur confort, car tout est dit : ce qu’il faut être ou ne pas être.


Merci Audrey et Lara ! 🙂

Author: Sophie CALDAGUES

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