A Malaunay (Seine-Maritime), des filets collecteurs de déchets le long de la rivière du Cailly ambitionnent de “nettoyer le littoral”

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En deux mots… A Malaunay, la métropole Rouen-Normandie a installé, fin 2020, d’innovants filets collecteurs de déchets. A long terme, cette expérimentation devrait contribuer à assainir les côtes anglo-normandes. Mais avec 4,5 millions de tonnes de plastique générées chaque année en France (WWF, 2016), le dispositif paraît bien maigre.

 

Ici commence la mer, protégeons-la”, alerte une pancarte plantée devant chacun des filets nasses installés dans trois zones clés de la commune seinomarine. Le plus visible, situé au croisement du chemin du Coton et de la rue du Dr Leroy, a été inauguré le 25 novembre dernier – en grande pompe. Pancartes et collecteurs de déchets 2.0 s’inscrivent en effet dans un effort global de réduction de la pollution plastique le long des affluents de la Seine. L’ensemble des initiatives sont ainsi groupées sous un même étendard : l’objectif “Métropole Zéro Plastique”, validé courant 2021 et bientôt étendu à une cinquantaine de communes autour de la ville aux cent clochers.

Installés au niveau des déversoirs des eaux de pluie du Cailly, les filets ont pour objectif de collecter les déchets avant qu’ils ne se déversent dans les réseaux fluviaux – et qu’ils n’atteignent la mer. Un investissement de 44 000 euros, financé par la métropole et largement salué dans cette commune de près de 6000 habitants, engagée depuis plusieurs années en faveur de la transition écologique. “Tout est parti de l’opération nationale ‘Nettoyons la nature’ menée chaque année”, explique Jérôme Pin-Simonet, chargé de communication de la ville de Malaunay. “Le club de plongée local a nettoyé la rivière et s’est rendu compte de l’immense quantité de détritus qu’elle charriait, jusqu’à la Manche.

 

Identifier les sources de déchets

 

Spécialisée dans la conception de barrages anti-pollution, l’entreprise Pollustock basée à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes) a été chargée d’installer ces filets “HR1000”: des collecteurs de déchets multicouches composés de plusieurs maillages. Une nasse extérieure assure, grâce à un cordage, la résistance de la structure et la collecte des détritus les plus encombrants. Une seconde nappe filtrante de 2,5×2,5 cm capte quant à elle des macro-déchets de taille moyenne. La dernière couche permet enfin de collecter des micro-déchets dès 1,2 mm de diamètre.

Pour la pose, il n’y a pas de règle”, précise Stéphane Asikian, président de Pollustock. “On s’adapte aux particularités du terrain, au diamètre des exutoires notamment. A Malaunay, on a posé les filets sur des cadres guillotine grâce à des sortes de colliers de serrage.” Le vidage est réalisé quant à lui directement par la métropole, grâce à des engins de levage, mais l’entreprise assure la maintenance de l’équipement en cas de problème.

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Les déchets collectés sont analysés en moyenne tous les 15 jours, et devraient permettre aux communes d’agir directement auprès des entreprises qui en produisent le plus. ©MQ

 

A court terme, les filets ont vocation à identifier les sources de déchets, pour agir avant qu’ils ne se retrouvent dispersés dans l’environnement. L’ensemble des déchets collectés, qui atteint parfois jusqu’à un mètre cube par levage, est ainsi analysé (quantitativement et qualitativement) par les services techniques de la métropole haut-normande. Emballages alimentaires, plastique à usage unique, mégots… “Nous aspirons à échanger par la suite avec les acteurs concernés, les kebabs par exemple, pour repenser les emballages. Et même s’il est encore un peu tôt pour analyser l’impact des filets sur les comportements, nous espérons qu’ils contribuent à faire évoluer les citoyens”, précise Jérôme Pin-Simonet.

Et justement, “quelque-part, le HR1000 est un mouchard”, estime Stéphane Asikian. Le filet révèle ainsi quantité d’informations précieuses pour les acteurs de la lutte contre la pollution plastique. “Il accompagne un travail nécessaire de lobbying des experts et des associations, en surveillant tout ce qui se passe sur un réseau fluvial”, précise le président de Pollustock. Un travail dont l’utilité a été largement reconnue depuis mars 2020. La crise sanitaire a en effet propulsé les poses de filets multicouches aux quatre coins de l’hexagone, constat étonnant que le Covid-19 n’a finalement pas balayé l’importance de la lutte pour la protection des cours d’eau. “On a posé en 6 mois plus de filets qu’en 3 ans !

 

Un effet cosmétique ?

 

Difficile, pourtant, d’imaginer l’impact du dispositif au-delà des frontières de la Seine-Maritime, sans l’étendre à toutes les embouchures, tous les exutoires d’eau de pluie de France. En 2016, la France n’a collecté que 98% des déchets plastiques selon WWF ; le pays ne se classe par ailleurs que 5e pour le recyclage des déchets plastiques domestiques (seulement 22% des plastiques y sont recyclés). Une pollution coûteuse – 73 millions d’euros par an – et qui affecte, de surcroît, de nombreux secteurs d’activité – comme le tourisme, le commerce maritime ou encore la pêche.

La métropole a beaucoup de bonnes intentions. Elle a par exemple augmenté de 13% ses investissements pour la transition écologique en 2021”, relève Aurélien Leroy, conseiller municipal au Grand-Quevilly (76) et chargé de partenariats pour l’association CleanWalker – une association loi 1901 qui œuvre à nettoyer les villes de leurs déchets. “Mais il faudrait, pour que l’action soit vraiment efficace, que l’ensemble des communes mettent la main à la pâte. Et elles ne sont pas forcément toutes bonnes élèves.

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« Changer les comportements, ça prend du temps« 

 

Les filets, c’est une action intéressante à court-terme”, nuance Antoine Bruge, expert en pollution plastique pour l’ONG Surfrider. “Mais des études ont montré que les déchets en surface ne représentent qu’1% de la masse totale du plastique contenu dans l’océan. Les 99% restants sont au fond, entre deux eaux ou dans l’organisme des animaux marins. Se contenter de nettoyer les océans, c’est une aberration – il faut surtout faire en sorte que les déchets n’y finissent plus. Savoir où et comment mettre en place des actions pour être impactant et efficace. Et changer les comportements, ça prend du temps.

Pour cela, cet ingénieur de formation préconise des réglementations plus strictes – comme la récente directive européenne sur les plastiques à usage unique, soutenue par Surfrider, ou la lutte contre les “larmes de sirène”, ces petites billes de plastique de quelques millimètres, d’origine industrielle, qui se déversent en masse dans les milieux aquatiques et notamment dans l’estuaire de la Seine. “Et au-delà de la pollution des océans, il faut garder à l’esprit que le plastique contribue à la pollution de l’air”, ajoute Antoine Bruge. “Tous les contenants en plastique ne sont pas recyclés. Certains, comme les bouteilles d’eau par exemple, sont brûlés au même titre que n’importe quel déchet… et émettent ainsi du CO2 et des polluants.

 

C’est un transfert de pollution

 

Et quid des moyens injectés dans le tri des déchets récupérés, leur séparation ou leur nettoyage ? Pour Stéphane Bruzaud, enseignant-chercheur en chimie macromoléculaire à l’Institut de Recherche Dupuy de Lôme (Université de Bretagne-Sud) et co-auteur de l’étude “Pollution des océans par les plastiques et les microplastiques” parue en 2020, “on peut nettoyer des estuaires, des embouchures, des petites baies, des golfs… Mais que fait-on des déchets ? On va les enfouir quelque-part ? C’est un transfert de pollution.

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Si l’initiative est louable, les filets de Pollustock sont incapables de combattre seuls la pollution plastique. ©MQ

L’enseignant admet tout de même qu’un filet reste une première belle initiative dans une métropole gangrénée par le plastique – comme partout ailleurs. “C’est une micro-initiative, même plus généralisée. Mais toute initiative est vertueuse. Simplement, il ne faut pas en espérer monts et merveilles”. Pollustock ne se targue justement pas de renverser la tendance avec quelques maillages. “C’est un enjeu collectif”, précise son président, Stéphane Asikian. “Si l’on installe des filets partout mais qu’on ne fait rien derrière, ni sensibilisation, ni campagne de communication… Bien sûr, c’est une cause perdue.

Les filets collecteurs de déchets aux quatre coins de Malaunay – et bientôt du département – ne seraient ainsi, pour la lutte contre la pollution plastique… qu’une petite goutte d’eau. “Mais avec des millions de gouttes d’eau”, conclut Stéphane Bruzaud avec plus d’optimisme, “j’imagine qu’on peut sauver les océans !

Author: Mélisande QUEINNEC

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